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La première fois donne le La !

On s’en souvient toute sa vie. C’est vrai. Pour autant, cette première fois conditionne-t-elle toutes les autres ? Certainement pas, et heureusement.

Bien entendu, toute première fois, qu’il s’agisse ou non d’expérience sexuelle, a un impact évident sur les suivantes puisqu’elle va nous permettre de mesurer les risques et les avantages afin d’ajuster notre comportement les fois suivantes. Mais dire que cette « première fois » détermine notre sexualité future est d’autant plus absurde, que c’est dangereux.

 

C’est à la période de l’adolescence que se passe en général cette première expérience sexuelle. Un âge où on entre dans la sexualité, mû par le souhait de se démarquer de sa position d’enfant, de chercher l’accueil et la reconnaissance en dehors du foyer familial et de faire les preuves de ses aptitudes de jeune adulte. Mais aussi et surtout, un âge où on est interrogé et bousculé par des pulsions sexuelles nouvelles. Ces pulsions, expressions merveilleuses d’un élan de vie mais qui, de part leur émergence soudaine et la mutation qu’elles imposent, sont ressenties puissantes, débordantes, bouillonnantes, violentes et font le malaise de l’adolescent qui oscille entre tentative de refoulement et urgence du vécu afin de s’en libérer. Plus que jamais c’est un temps d’émotions complexes et ambivalentes.

Ce n’est donc pas tout à la tranquillité de soi-même et dans un temps de construction identitaire solide, comme on pourrait l’espérer, que se fait cette première expérience mais c’est bien en plein trouble interne que l’on se propose et s’impose parfois ce passage à l’acte, cette mise en mouvement de l’homme ou de la femme que nous sommes.

 

Et on voudrait que ce soit simple et léger ? Faut-il s’étonner du désordre ou de l’inconfort dans lequel il se déroule ? De la violence parfois même dont on témoigne ou que l’on se fait subir ?

 

Plus que l’expression de la curiosité de l’autre et la révélation de soi-même, cette première fois est surtout, paradoxalement, la tentative de faire taire ce mouvement de vie, cette révolution interne. C’est une sorte de volonté de destruction de cet élan déstabilisant et par là même, une certaine négation de notre spécificité corporelle.

À des kilomètres de soi-même et de ses émotions, dans une attitude mécanique de reproduction aveugle de codes hérités mais aussi glanés dans l’exhibition sociale où règne l’obsession de performance, nous tentons un tour de force : nier la sexualité en la pratiquant. (« La première fois ? Comme ça, n’importe comment ! Le principal était que je m’en débarrasse »)

Cette première fois (et bien des suivantes) est aussi le moyen de s’évaluer dans le regard de l’autre : la société par qui on veut être accueilli(e), ou celui ou celle qu’on cherche à intéresser. Le plus souvent, ce n’est pas tant vivre cet acte sexuel pour la curiosité de la sexualité que pour être ce qu’on imagine que l’autre attend de soi que ces premières fois sont vécues à bien des égards loin de soi-même.

Pourtant chaque nouvelle fois offre la possibilité de la réparation et de sa liberté d’être.

Mais il nous faut du temps, du temps pour que nous nous autorisions la victoire de Notre désir. Et du temps pour la reconnaissance de Notre sexe, et ainsi la reconnaissance de soi spécifié, la reconnaissance de l’autre …autre que soi.

Du temps pour grandir et apprendre.

Mettre en garde quant à cette première fois et ses risques, n’est ce pas imposer un devoir de performance ?

 

Que dire d’ailleurs de la position d’éducateur, du parent soucieux du bien être de son enfant qui d’avertissements, en mises en garde propage bien inconsciemment de mauvais présages ?

A l’occasion des premières fois de nos enfants que se rejoue-t-il pour nous ?

Quelle lecture avons-nous de la sexualité et sa survenue ?

N’est-ce pas oublier que nous nous exprimons au travers de notre sexualité et non sauvagement la sexualité à travers nous ?

 

Encore et toujours une place bien difficile que celle de parent et plus encore face aux tâtonnements bien souvent maladroits de leur enfant, face à cette sexualité qui les éloigne de nous et les autonomise irréversiblement.

Et si, au nom de l’amour et de la protection, certaines peurs projetées sur eux et cette première expérience, étaient inconsciemment une manière de les retenir encore un peu ? ...